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≡ photographieKaren Lavot, Les Arbres bleus
ArtKopel vous présente le deuxième "livre-exposition" publié par Artémise et Arthur Kopel, avec deux travaux photographiques de Karen Lavot, Les Arbres bleus, et Nuits, réalisés en 2008, accompagnés d’un texte et du petit conte Vorona i Galka, écrits par Arthur Kopel. Consultez-le en cliquant sur l’image de couverture dans cet article.
Alexeï Remizov
Les Arbres bleus, 2008 - Photographies de Karen Lavot
Cliquez sur l’image pour ouvrir le livre
Je me souviens de Kachirino, c’était il y a longtemps, à l’orée d’une forêt de cent cinquante kilomètres de profondeur, où nous allions ramasser des paniers entiers de fraises, de framboises sauvages ou de cèpes. De temps à autres s’ouvraient à nous des clairières de marais. L’hiver dans ce hameau ne vivaient pas plus de cinq à six personnes. Je me souviens encore du prêtre, exilé, mis à la retraite d’office par sa hiérarchie moscovite, ici, à quatre cent cinquante kilomètres. Il était bon et simple, il possédait deux ruches. Il habitait dans le milieu du hameau. Notre voisin lui aussi était exilé, ou plutôt relégué. Il avait atterri ici après dix ans de prison et une interdiction d’habiter quelque ville que ce fût. Je me souviens de ses bras tatoués. Il pêchait beaucoup dans la rivière qui longeait la forêt, et de temps à autres nous apportait un brochet. Je me souviens aussi d’une petite chienne grise et informe qui s’invitait de maison en maison. Moukha qu’elle s’appelait, « la mouche ». J’ai appris plus tard que notre voisin l’avais mangée un hiver de froid et d’alcool.
Pour Aristote, une des fonctions essentielles de la tragédie est la catharsis (purification). L’origine de ce mot se trouve dans le verbe cathairo qui signifie purger le territoire de ses monstres.
La forêt est ce lieu où, solitaire, je vais affronter mon propre chaos, et dans ce propre de mon chaos : mes monstres. Il se pourrait même qu’un de ces monstres ne soit autre que moi-même, tapi au fond de ce que je suis, comme si nous ne naissions que pour nous combattre, nous ne vivions que pour nous affronter à nous-même. L’art n’est que la tentative d’apprivoiser le reflet de cette guerre qui nous ravage. Pourquoi donc l’image d’une forêt me paraît belle, alors que je ne pourrais y vivre qu’avec peur ? On pourrait dire la même chose d’un portrait de femme. Tout se passe encore comme si la vie n’était belle que dans son souvenir c’est à dire dans son image, quand dans le présent quelque chose y manquait. Il est vrai que ce quelque chose qui manquait était sans doute moi-même.
Quand les vents soufflent, adore leur murmure [3]. |
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Vous pouvez également voir d’autres photographies de Karen Lavot sur son site personnel : www.renke.fr/photo.htm |